Colombie : retour à ce que nous n’avons jamais été

Par Rocio Delmonte Palomares, conseillère juridique en Colombie auprès de l’association COALICO, au sein du projet Protection des droits des enfants, femmes et autres collectivités vulnérables (PRODEF). Ce projet, mené en consortium par Avocats sans frontières Canada (ASFC) et l’IBCR, est réalisé avec l’appui du gouvernement du Canada accordé par l’entremise d’Affaires mondiales Canada. 

Bien qu’un accord de paix ait été signé le 24 novembre 2016 entre le gouvernement de Juan Manuel Santos et les FARC, il semble que la paix tarde à se matérialiser dans certaines zones du pays qui sont toujours en proie à des confrontations directes ainsi qu’à de violentes disputes territoriales entre divers groupes armés. Bien au contraire, certains départements de la Colombie, tel que le Norte de Santander, ont connu une recrudescence de 116% des affrontements entre groupes armés plutôt qu’une pacification du territoire[1]. Conséquemment, la population civile se voit forcée d’abandonner le territoire afin de fuir la violence et de chercher de meilleures conditions de vie. 

C’est dans ce contexte que la COALICO[2], organisation non gouvernementale qui lutte contre l’utilisation et le recrutement des enfants et des jeunes dans le cadre du conflit armé en Colombie et partenaire de l’IBCR, en collaboration avec le Haut-Commissariat des Nations Unis pour les réfugiés (ACNUR), a réalisé une étude en lien avec l’impact des déplacements forcés en raison du conflit armé Colombien sur la vie des enfants et leur famille. Cette étude avait pour objectif de brosser un portrait sur la situation des populations déplacées à partir d’une perspective axée sur l’enfance et d’émettre des recommandations visant à améliorer les politiques publiques qui touchent les Processus de Retour et Relocalisation des Populations Déplacées.

Durant presque une année, la COALICO a travaillé en étroite collaboration avec diverses communautés qui ont été contraintes de quitter leur territoire et qui se sont subséquemment relocalisées dans les départements de Putumayo, Norte de Santander, Buenaventura (Valle del Cauca) et Soacha (Cundinamarca). ″Retour à ce que nous n’avons jamais été″ est le titre du rapport préliminaire qui compile les résultats de cette étude et qui peut être consulté en ligne à ce lien. 

Durant les mois de septembre et d’octobre, l’équipe de la COALICO, appuyée par la conseillère juridique volontaire de l’IBCR basée à Bogota, s’est entretenue avec différentes institutions gouvernementales régionales des départements mentionnés ci-haut dans le but de présenter le rapport, mais plus concrètement afin de discuter de possibles solutions durables à être intégrées dans les politiques publiques et ainsi venir en aide aux enfants dont les droits fondamentaux sont affectés. Il est également utile de mentionner que divers ateliers ont eu lieu auprès des communautés qui ont participé à la contextualisation du rapport. Ces ateliers furent très enrichissants dans la mesure où les participants ont suggéré plusieurs recommandations additionnelles et adaptées à leur réalité. Ces suggestions seront intégrées à la version finale du rapport qui sera disponible en ligne. Durant les prochains mois, l’équipe de la COALICO portera une attention particulière aux politiques publiques en lien avec le Processus de Retour et Relocalisation des Populations Déplacées afin de mesurer l’incidence politique des récentes rencontres avec les autorités régionales.


[1] El Regreso a lo que nunca fuimos, page 38, Coalico, 2018

[2] Coalition contre la véhiculation de garçons, filles et jeunes dans le cadre du conflit armé Colombien, actuellement constituée des associations suivantes : Asociacion Cristiana Menonita para Justicia, Paz y Accion No Violencia (Justapaz), Asociacion Taller de Vida, Benposta Nacion de [email protected], Corporacion Vinculos, Defensa de Ninas y Ninos Internacional-(DNI Colombia), Fundacion Creciendo Unidos (FCU) et Servicio Jesuita a Refugiados (SJR-Colombia).