« Bonne arrivée madame!» Les premiers jours de notre coopérante Karina en Côte-d’Ivoire

17 juillet 2017. Après 15 heures de vol, deux escales, deux heures de retard, des valises qui mettent une éternité avant de se montrer, j’aperçois un homme qui se tient au milieu de la foule, une feuille blanche à la main sur laquelle on peut lire « Association de femmes juristes de Côte d’Ivoire ». C’est Ahmed, le chauffeur de notre partenaire local, « Bonne arrivée madame ». Ça y est, le compte à rebours est lancé. C’est le premier jour d’une série de 242.

Bien que je sois affectée à la clinique juridique de San Pédro, je dois passer une première semaine au siège, à Abidjan. Pour moi, il y aura donc deux « premières semaines», deux périodes d’acclimatation. J’ai la chance d’être accueillie à bras ouverts dans la famille de l’AFJCI. Au siège, on me présente tout le personnel. Une succession de « Bonne arrivée madame » et de noms que je peine malgré moi à retenir. On me loge, on m’accompagne pour faire les courses et on s’assure que je ne manque de rien.

Ma nouvelle famille facilite mon arrivée et adoucit mon choc culturel. Je dois tout de même me faire aux coutumes, aux lois, aux pratiques, aux accents et aux regards. La plupart du temps, ça va. J’éprouve tout de même des difficultés à faire accepter mes compagnes de toujours, mes gougounes. On m’explique qu’ici que l’habit fait le moine. C’est donc munie de ma seule paire de chaussures qui passe le test du moine, des talons hauts, que je pars arpenter les rues ivoiriennes. Si un jour j’ai admiré l’aisance des européennes en talons aiguilles sur les pavés, aujourd’hui je sais de source sûre que je n’ai plus rien à leur envier !

Il faut effectuer un trajet de 9 heures de route dans un autobus à 5 places de large pour faire Abidjan/San Pédro. Je suis assise au milieu de l’autobus, juste à côté des escaliers. Toute tentative de sieste se solde par un réveil abrupt après avoir lentement glissé vers la porte de sortie. Je me rabats donc sur les films ivoiriens et les anti-nausées pour essayer de tromper mon mal des transports qui s’accentue à chaque fois que le chauffeur tente d’éviter un trou dans la chaussée.

La première semaine est calme à la clinique juridique de San Pédro. La voiture est partie en réparation à Abidjan pour une durée indéterminée. Sur papier, je fais donc connaissance avec la justice ivoirienne et j’en profite pour apprendre à connaitre mes nouveaux collègues. Je peine à définir mon rôle et l’équilibre entre mon mandat et les coutumes locales. Jusqu’où puis-je aller en ce qui concerne la place de la femme dans la société sans offenser les gens, leurs croyances et perdre leur ouverture d’esprit? Je passe les deux semaines suivantes à faire des recherches sur les lois du pays, les traités internationaux et à écouter les interventions de mes collègues. Ce n’est que la deuxième semaine que mon syndrome de l’imposteur s’estompera. Le vendredi, alors que l’on discute de mes recherches sur certaines lacunes législatives, un collègue attire mon attention sur les saisies sur le salaire pour les pensions alimentaires. Je fais quelques recherches. Je trouve une piste. Je lui laisse une note sur son bureau. Samedi matin, quelqu’un m’appelle. C’est mon collègue. Il a trouvé ma note et il veut qu’on en discute. On relit ensemble, on en parle, on interprète et on conclut. Juste avant de raccrocher la ligne, il prononce ces quelques mots qui remettront tout en perspective : « J’aime ça ce que tu fais. Avec toi, on apprend toujours ». J’ai souri et je lui ai dit que j’étais là pour ça, qu’on apprenne ensemble.