Les enfants silencieux de la caravane de migrants

Texte par Émilie Dubreuil, envoyée spéciale au Mexique / Radio Canada

La caravane de migrants qui a quitté le Honduras en direction de la frontière américaine il y a près d’un mois compte beaucoup d’enfants. Combien? Difficile à dire exactement, mais ils sont partout sur le chemin. Comme les adultes, ils marchent, ils ont faim, ils ont soif. Pourtant, on ne les entend jamais se plaindre.

Sur les épaules de son papa, il est toujours souriant. Ce doit être son costume d’Halloween, cette tête d’ourson qu’il arbore. Il est 5 h et il nous salue de sa petite main dans la pénombre de l’aurore. Il nous reconnaît. Nous l’avons croisé hier soir après une journée de 16 heures de marche et de rides. Il avait son ourson sur la tête et le même sourire, calme, chaleureux. Il s’appelle Bradley. Il a 5 ans. Et sa tête d’ourson est son seul jouet, s’il en est un.

Je demande à sa mère, Flor Jacome, pourquoi ils sont partis. « Pour lui, me répond-elle. Chez nous, nous ne pouvons pas le nourrir. »

Les enfants comme Bradley sont omniprésents parmi les migrants, mais on oublie presque leur présence tant ils font preuve de sang froid. Jamais de pleurs. Jamais de cris. Même les bébés semblent stoïques.

Cette résilience silencieuse, souvent souriante même, parle si fort.

“C’est le plus fort”

Roger Molina a 4 ans. Il est 6 h. Le groupe de migrants court vers un autobus qui s’arrête. L’enfant avec ses petites jambes prend du retard.

Un homme, qu’il ne connaît pas, comprend la situation, le prend sur ses épaules et monte. La mère les rejoint dans l’autobus à bout de souffle. Le compagnon de route lui redonne son fils. L’enfant lui sourit tranquillement. Il n’a pas dit un mot. « C’est le plus fort », murmure la maman en reprenant Roger dans ses bras.

– Est-ce que les hommes vous aident souvent sur la route?

– « Oui. Sinon, ce ne serait pas possible », soupire cette femme qui voyage seule avec son enfant et qui a fui son pays à cause des bandes criminelles qui la menaçaient de mort.

Je demande au bon samaritain pourquoi il a aidé la jeune mère.

« J’ai laissé mes enfants à moi derrière, au pays, confie-t-il. Ils n’auraient pas été capables de faire ce voyage. Ça me fait plaisir de voir des enfants. Les miens me manquent. »

Pendant le trajet, Roger regarde par la fenêtre, blotti contre sa mère. Le petit ferme les yeux et s’endort presque tout de suite.

Quand l’autobus s’arrête, le chauffeur serre la main de ses passagers de misère. Il leur souhaite bonne chance. Les uns sortent les poussettes, les autres portent des poupons dans leurs bras.

Le petit Roger veut faire comme les grands et serre, lui aussi, la main du chauffeur. L’homme craque. Il se cache le visage dans les mains, essuie ses larmes tandis qu’il suit du regard le bambin qui descend laborieusement les grandes marches en tenant la main de sa mère. Il va vers une autre attente, vers une autre ride sur les épaules d’un compagnon d’infortune plus grand et plus fort que lui, un autre père orphelin de ses enfants.

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Photo : Radio-Canada/Frédéric Lacelle